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Précis descriptif du substantif Tchétchène – rédigé par Deniev Dagun

Ajouté par on Tuesday, 9 September 2014.    644 views 4 Commentaires
Précis descriptif du substantif Tchétchène – rédigé par Deniev Dagun

En 1864, un dignitaire du tsar en Caucase écrivait au ministre de la Guerre à Moscou : « Ici [= en Tchétchénie], tout s’est arrangé contre nous : et le caractère du peuple, et sa vie publique, et le terrain. […] Une longue guerre, que les Tchétchènes menaient contre nous, n’a pas exhaussé ni amélioré leur caractère […] Le démocratisme était chez eux toujours réduit à la dernière extrémité […] Dans la langue des Tchétchènes, il n’y a même pas de mot “ ordonner ”. »

Quelle est donc cette langue, qui ne connait pas le mot ordonner, pas plus d’ailleurs que seigneur ? Au XXIe siècle, à l’époque de la globalisation et de l’informatique, cette question reste presque intraitée par les chercheurs francophones. Le seul ouvrage en la matière, Parlons tchétchène-ingouche, sorti de la plume de Para Partchieva et Françoise Guérin (coll. « Parlons », L’Harmattan, Paris, 1997), a beau prétendre porter sur ces deux langues parentes, il n’en porte en réalité que sur l’ingouche.

Dans le présent exposé, loin d’avoir pour ambition de décrire la langue tchétchène dans son intégralité, nous nous bornons à faire un rapide tour d’horizon de la partie du discours la plus nombreuse dans cette langue qui est le nom. Nous commencerons par étudier une à une les propriétés formelles du substantif tchétchène – classe nominale, nombre et cas – et tout ce qui va avec. Nous poursuivrons ensuite par les masdars, ces unités à double face qui englobent à la fois des traits caractéristiques du nom et du verbe. Enfin, nous terminerons par une analyse de l’état actuel de la langue tchétchène en général et celui de la catégorie du nom en particulier. Et ce, dans l’approche comparative avec le français, dans la mesure du possible naturellement.

Avant de nous lancer, rappelons d’abord que le tchétchène avec l’ingouche, en Russie, et le bats, en Géorgie, représente le groupe « nakh » (les gens) de la famille caucasienne qui en comporte encore trois : le groupe kartvèle (le géorgien et ces trois cousines de la région), le groupe daghestanien (plus d’une vingtaine de petits idiomes concentrés au Daghestan intégré à la Russie) et le groupe abkhazo-adygien (la langue des Abkhazes habitant vers le nord-ouest de la Géorgie, ainsi que celles de quatre autres minorités caucasiennes conquises par l’Empire russe, dont les Oubykhs qui avaient fini par s’éteindre après avoir été chassés en Turquie ). En outre, pour des linguistes géorgiens, il est certain que le basque, réputé isolé et « n’a[voir] aucun rapport avec tout autre langue dans le monde », a une parenté génétique avec les langues kartvèles, de sorte qu’il ne reste à savoir qui et où avait immigré dans la nuit des temps : les aïeux des Géorgiens en « Pays basque » ou les ancêtres des Basques en « Géorgie ». Mais cette certitude n’est pas encore partagée au niveau international. Aussi, n’inclut-on pas le basque dans le groupe kartvèle ni, d’une manière générale, dans la famille caucasienne. Cela dit, un nombre croissant de chercheurs considèrent la parenté génétique même des quatre groupes des langues caucasiennes non prouvés et hautement douteuse.

Si l’on revient au tchétchène, il compte, d’entre ces langues, le plus grand nombre de locuteurs après le géorgien. C’est du moins ce qui se dégage des statistiques officielles russes, peu crédibles pour les Tchétchènes qui y voient une façon de dissimuler de lourdes conséquences démographiques de la tuerie génocidaire russe qui avait fait des ravages en Tchétchénie au déclin du siècle dernier et à l’aube du courant. « C’est bien flatteur de savoir, amèrement ironise à cet égard un écrivain tchétchène, que toute autre nation ne connaît que des pertes à la guerre, tandis que nous, au contraire, poussons comme des champignons après la pluie. »

Au plan morphologique, le tchétchène est une langue agglutinante à forte tendance flexionnelle. Pour ce qui est de l’écriture, il est écrit dans un alphabet cyrillique imposé sous Staline et constitué de 44 lettres, y compris d’un caractère latin I (uniquement en majuscule) qui phonétiquement n’a toutefois rien à voir avec son jumeau latin. Cinq autres lettres sont en supplément utilisées pour représenter des mots étrangers, principalement russes.

Avant la russification réalisée définitivement dans les années 1930 et, dans l’entretemps, la latinisation des années 1920 liée à la croyance du Kremlin dans la possibilité de la « révolution mondiale » et de l’unification des « prolétaires de tous les pays », le tchétchène s’écrivait en caractères arabes. L’introduction forcée de l’alphabet cyrillique avait constitué un véritable fléau qui a brisé la continuité culturelle et spirituelle et a ouvert la voie à l’incursion d’une avalanche d’emprunts slaves. Acquisition des notions d’arabe, patrimoine du peuple, tradition écrite, respect et intérêt pour l’écriture et souhait même d’écrire et de lire, tous avait été remis en cause et, par la suite, balayé complètement. Comme l’a très bien remarqué Guy Spitaels, professeur honoraire à l’Université libre de Bruxelles et homme politique belge, « le but [du remplacement de la graphie arabe par l’alphabet latin et puis par le cyrillique] était de couper les Tchétchènes tant de leurs coreligionnaires à l’étranger que de leur propre passé ». Et si le monde arabo-musulman est plus soucieux de construire « la première ville à température régulée au monde » ou encore d’« envoyer le premier vaisseau spatial arabe vers Mars en 2021 », plutôt que de défendre leurs confrères en Tchétchénie, c’est à cause de son aveuglement certes, mais aussi peut-être à cause de l’absence totale du dialogue interlinguistique et interculturel instaurée par la politique d’assimilation de Moscou. « Je ne saurais situer sur la carte la Tchétchénie, mais, au Pakistan, quand j’allais à l’école, nous faisions chaque matin des dou’a [= prières] en votre faveur », entend-on dans la bouche d’un chauffeur de taxi à Dubaï. Au risque de glisser vers le blasphème, ce n’est pas par une simple invocation à la divinité qu’on sauve ses amis massacrés, torturés et exposés à un génocide de toutes formes depuis un sacré bout de temps, mais par des actes plus matériels, en prenant des mesures politiques et, si besoin est, militaires. Pour caricaturer, ce n’est pas des prières de pauvres écoliers pakistanais pour ces inconnus tchétchènes de je-ne-sais-pas-où, mais l’arme nucléaire du Pakistan qui pourrait se montrer fort percutante… Mais revenons-en à nos moutons.

Dans les pages qui suivent, la transcription des mots tchétchènes est tirée, sinon établie suivant le modèle, de l’essai de dictionnaire trilingue tchétchène-russe-anglais du linguiste Erwin Komen. Pour le francophone, cela causera des difficultés, mais en l’absence de la tradition française dans la question, c’est la seule option à adopter.

4 Comments »

  • Malherbe a dit:

    Je dirige la collection Parlons et partage totalement votre avis sue fait que le Parlons ingouche de Mme Partchieva est totalement insuffisant pour le tchétchène. Pouve-vous m’aider à écrire un Parlons tchétchène? (mon nom n’apparaîtrait pas)
    Mercci et cordialement
    Malherbe

  • Deniev Dagun a dit:

    Bonjour, Monsieur.
    Comment puis-je prendre contact avec vous ?

  • Nisa a dit:

    Comment avoir une version PDF téléchargeable ?

  • toto a dit:

    Oui , très bonne idée pour le vrai parlons tchetchene!!
    il est vrai qu’en réalité l’autre pourrait s’appeler parlons ingouche seulement. .
    Et savez vous où je pourrais avoir un dictionnaire русско-нохчийн мотт?

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